25 août 1909/Marcel Leyat prend son envol sur le terrain du Plot Jalay, à proximité de Molières, au sud de Die. Essor rapide avec fort vent latéral. Un levier de commande suit les inclinaisons du corps et rétablit l’équilibre. Le mouvement du pilote est très visible ici. On remarque que les ailes ne sont plus rectangulaires comme pour l’appareil dont la construction s’était achevée vers le 10-12 août (référence/photo sublimée et colorisée).

Robert Merloz, Pilote de montagne (RM-PDM) s’attarde sur un personnage hors du commun, Marcel Leyrat, jeune pionnier de l’aviation naissante et autodidacte de la construction aéronautique ayant pignon sur rue avant de se lancer à corps perdu dans la conception de véhicules terrestres à moteur tractés… par hélice…

UNE JEUNESSE STUDIEUSE

C’est à Die, où son père est magistrat au tribunal de la ville, que Marcel Leyat voit le jour le jeudi 26 mars 1885, au sein d’une famille originaire de Mieussy (74/Haute-Savoie). Dès son plus jeune âge, il lit les œuvres de Jules Verne et se prend de passion pour tout ce qui flotte, qui bouge et, surtout, vole.

Très en avance sur son temps (et très prévoyant), il confectionne même, dès l’âge de six ans, de petits parachutes pour poupées, qu’il largue depuis le deuxième étage de la maison familiale. Arrivé en classe de sixième, il construit un bathyscaphe à hélice commandé par pédales avant de se passionner pour l’aviation après avoir découvert les travaux de l’ingénieur Victor Tatin. Résolu à devenir ingénieur, il lit les revues d’aéronautique, s’entraîne au saut et à la natation, construit des modèles réduits…

Après l’école à Die, il suis les cours du lycée Champollion de Grenoble, où il est surnommé « l’Homme papillon » pour ses sauts, justement.

LE TOURNANT DE 1906

Le lundi 14 mai 1906, Marcel Leyat avait fait une demande d’inscription au concours d’entrée à l’École des Arts et Manufactures de Paris. Pour l’épreuve de langue, il choisit l’allemand et demande également une bourse (« subvention de l’État ») pour la poursuite de ses études

Le lundi 10 septembre 1906, Marcel (qui a 21 ans) apprend qu’il est reçu au concours d’entrée de l’École des Arts et Manufactures de Paris (qui deviendra l’École Centrale des Arts et Manufactures en 1907). Il est classé 274e sur 280, ce qui peut sembler ric-rac, mais il sera ingénieur en 1911.

Cependant, devant effectuer la première année de son service militaire avant d’entamer ses études, il est incorporé au sein du 17e Bataillon d’Artillerie à pied comme engagé à la Mairie de Marseille, le mardi 9 octobre. Bénéficiant d’un engagement spécial de cinq ans réservé aux jeunes gens reçus à l’École Centrale des Arts et Manufactures, il est affecté comme 2e canonnier à Toulon, où il arrive le samedi 13 octobre.

Dans une autobiographie rédigée en 1958, Marcel Leyat, 73 ans, explique :

« … En 1906, pendant ma première année de service militaire comme élève reçu à l’École Centrale, j’ai construit un manège aérodynamique [une sorte de simulateur rudimentaire] pour déterminer la résistance de l’air sur les surfaces entoilées en vraie grandeur, un appareil de gymnastique spécial pour choisir les réflexes à utiliser sur la commande en profondeur, les acquérir et m’y accoutumer… »

Le simulateur présenté par son concepteur, Marcel Leyat, à gauche. Le personnage de droite pourrait être un mécène ayant financé la construction de l’appareil (Paul Coursange ou Marius Audra, industriels de Die, amis d’Edouard Leyat, le père de Marcel ?) ou plus simplement le propriétaire de l’automobile ? (référence/photo sublimée et colorisée).

En juin 1980, dans une lettre publiée dans la revue Pilote Privé, il ajoute :

« … J’étais à Toulon où je faisais ma première année de service au 10e Bataillon d’Artillerie de Côte.

C’est là que j’ai conçu et construit mon premier planeur baptisé « Le Quand-Même » parce qu’il a été construit en secret, loin de mon père, magistrat farouchement opposé à mes desseins…

Avant de l’entreprendre, j’avais été obligé de construire un appareil de mesure de la résistance de l’air et un véritable simulateur de vol pour le contrôle de mon système de commande et mon apprentissage de la gouverne en profondeur… »

C’est probablement en cette année 1906 que Marcel Leyat publie un premier article relatif au vol des aéroplanes intitulé L‘Aéroplane doit être une bonne girouette :

« En 1906, malgré ma préparation à l’examen d’entrée à l’École Centrale, j’ai concrétisé mes idées sur l’aviation en publiant un premier article dans la Revue de l’Aviation française ayant pour titre « L’aéroplane doit être une bonne girouette » autour des axes de tangage et de roulis, article qui m’attira des compliments élogieux du Capitaine Ferber… »

Pour mémoire, il publiera, dans L’Aérophile du samedi 1er février 1913, un autre article affublé du titre L’aéroplane doit être une bonne girouette, ou mieux : une bonne flèche.

PREMIÈRE APPROCHE DE L’AVIATION

Dès 1908, Marcel Leyat travaille pour la Société Astra des constructions aéronautiques, l’un des plus importants fabricants français de ballons, dirigeables de l’époque et dont le siège est établi à Billancourt, dans les ateliers rachetés à Édouard Surcouf, un célèbre aéronaute, ingénieur et industriel de l’aéronautique français.

Construction d’un planeur biplan

C’est dans ce contexte que l’étudiant-ingénieur construit un planeur biplan baptisé le Quand Même, puis un deuxième, et qu’il transforme Die, son lieu de vacances privilégié, en champ d’expérimentation pour ses inventions. L’un de ses grands apports à l’aviation est l’invention d’un système de vol remorqué, une technique de décollage avant l’heure.

Toujours dans sa lettre publiée dans la revue Pilote Privé, il ajoute :

« …Dès le printemps 1908, j’assiste, les larmes aux yeux, aux essais, aux tentatives de vol des Voisin, Blériot, Farman, Delagrange, bien maladroits sur des appareils très mal conçus.

Aussi je conçois un nouveau simulateur, un véritable appareil d’apprentissage et de contrôle du système de commande des gouvernes de mon futur aérovolant que je fais construire à Die par correspondance, grâce à l’aide bénévole de camarades d’école et du lycée.

Mon père toujours farouchement hostile à mes projets ne pouvait m’accorder assez pour vivre et cela m’obligea à recourir à un prêt d’honneur de l’Association des anciens élèves de l’École Centrale.

Les résultats obtenus avec ce simulateur sont si encourageants que, élève de 2e année 1908-09, je demande à Louis Blériot de traverser la Manche à sa place, par lettre recommandée, car je me sais meilleur pilote et meilleur nageur que Blériot… »

Dans sa lettre à Louis Blériot, il écrit :

« Paris, 19 juillet 1909

Monsieur et cher Maître,

Vos monoplans sont les seuls appareils actuels qui me paraissent capables de traverser la Manche. Je voudrais réaliser cette prouesse. La réussite immédiate après l’échec de Latham, mettrait en lumière, aux yeux de ceux qui croient savoir quelque chose en aviation, les qualités de vos appareils et l’abîme qui les séparent des fameux « Antoinette« .

J’ai pensé aussi que la réussite d’un jeune élève sur monoplan Blériot, aurait plus d’intérêt pour vous que votre propre réussite. Le public ne s’est pas rendu compte que vos accidents antérieurs étaient dus aux remous d’Issy-les-Moulineaux. Il ne sait pas que ces accidents ont fait votre supériorité écrasante d’aujourd’hui, qu’il n’y a plus qu’à mettre en relief. »

En revanche, dans la lettre publiée dans Pilote Privé en 1980, Leyat parle de Blériot sur un tout autre ton :

« Les résultats obtenus avec ce simulateur sont si encourageants que, élève de 2e année 1908-09, je demande à Louis Blériot de traverser la Manche à sa place, par lettre recommandée, car je me sais meilleur pilote et meilleur nageur que Blériot, qui n’avait pas obtenu à l’École Centrale les notes suffisantes pour donner droit au diplôme d’Ingénieur des Arts et Manufactures. Trois jours après la réception de la lettre recommandée, le 21 juillet 1909, Louis Blériot traversait la Manche ! Quelques mois plus tard, l’École Centrale accorda rétrospectivement au constructeur du Blériot XI son diplôme… »

Décryptage

Pourquoi Leyat fait-il construire son simulateur à Die ?

C’est la ville où il est né (en 1885), son père étant alors juge au tribunal de première instance, puis président du tribunal de cette modeste sous-préfecture.

D’autre part, la construction et les essais du simulateur nécessitent des moyens relativement importants : bois et matériaux pour la construction, main d’œuvre qualifiée en menuiserie, mais aussi automobile pour tracter le simulateur, sans oublier bien sûr les mécènes pour le financement (à cette période, Leyat, sous les drapeaux,n’a pas de revenus et ne peut pas compter sur son père qu’il dit « farouchement opposé à ses desseins »).

Marcel Leyat peut trouver tout cela à Die, grâce à ses anciens camarades d’école, comme il le dit dans sa lettre, mais aussi et surtout dans le cercle des connaissances et amis de son père. Parmi ceux-ci, Marius Audra, propriétaire d’une importante usine d’ébénisterie, ou encore Paul Coursange, industriel (qui sera maire de Die de 1919 à 1923). Leyat ne dit pas si ces notables interviennent d’une manière ou d’une autre dans son projet de simulateur, mais on sait que dans les années qui suivent ils collaborent étroitement à d’autres projets de planeurs et d’aéroplanes.

Dessin des ateliers Audra à Die (référence/photo sublimée et colorisée).

1907 – 1909

Un an plus tard, le 1er octobre 1907, il est envoyé dans la disponibilité avec un certificat de bonne conduite.

Débute alors sa première année d’études à l’École Centrale. C’est à cette époque qu’il conçoit et réalise un simulateur de vol ingénieux.

On ne dispose d’aucune information sur les essais que Leyat effectue avec son simulateur, mais il est manifestement très satisfait de l’appareil puisqu’il se sent assez sûr de lui, sans avoir jamais réellement volé, pour proposer à Blériot, en 1909, de piloter son « XI » pour traverser la Manche. La lecture de sa lettre est très instructive sur son état d’esprit !

Le jeune Marcel Leyat, en 1908, devant un moteur Esnault-Pelterie (monté sur l’aéroplane Blanc) qu’il envisageait d’installer sur son « biplan de Mitry ». Il est alors élève ingénieur de 2e année à l’ École Centrale de Paris (Collection Jacques Leyat/André Breyton/référence/photo sublimée et colorisée).

PREMIERS ESSAIS D’UN PLANEUR

Reste que 1909 sera l’année de la mise en oeuvre de la théorie lentement élaborée.

Le premier essai de l’appareil à lieu le mardi 10 août 1909 en mode cerf-volant.

Die, le 10 août 1909, à 6 h45 du matin/Premier essai, premier vol en mode cerf-volant (référence/photo sublimée et colorisée).

Nous ne trouvons aucune mention de cet essai dans la presse locale ou régionale et nous n’avons aucune idée de l’endroit où il a pu avoir lieu. Il est étonnant que le Journal de Die et de la Drôme n’en ait pas parlé.

Le mercredi 25 Août sur un site à Molières, il plane sur 200 mètres à une hauteur de 8-10 mètres. Le docteur Magnan et le vétérinaire Villedieu prêtent leurs voitures, auxquelles on fixe un câble de 350 mètres.

Il réitère ensuite le dimanche 12 septembre sur un autre terrain près de Pont-de-Quart et le dimanche 19 septembre sur le lieu-dit le lac de Luc (en Diois), une plaine asséchée. Ces deux dimanches, la foule vient en nombre pour assister aux vols. L’appareil a subi des transformations sensibles au niveau des ailerons, du siège du conducteur, des patins d’atterrissage… Il vole de plus en plus haut et sur de plus grandes longueurs. Il est à noter que l’appareil est dirigé grâce à un système de commande original qui libère les mains du pilote !

CARACTÉRISTIQUE DU LEYRAT N° 2 AÉROPLANEUR

Construit en bois recouvert de toile, on sait que l’appareil a :

– une envergure 7,5 m ;

– une longueur totale de 6,5 m ;

– une surface alaire de 20 m² ;

– une corde d’ailes de  1,60 m ;

– un entreplan de 1,5 m ;

– une masse à vide de 36 à 38 kg seulement (il faut dire qu’il n’est pas équipé d’un moteur…).

Le 15 septembre 1911 paraît, dans la revue L’Aérophile, un article de Marcel Leyat intitulé De l’utilité du vol remorqué. Comme le montre le croquis ci-dessous, le lancement du planeur s’effectue sur un rail, au moyen d’une automobile Renault de 7 CV transformée en treuil.

Ce  document présente une vue du côté gauche et une vue en plan, sur lesquelles on distingue bien l’appareil, le câble et la Renault 7CV servant de treuil (référence/image sublimée et colorisée).

Dans son article de septembre 1911, il écrit :

« … Si le terrain n’est pas assez grand ou assez bien entretenu pour permettre de rouler assez vite, ou bien si la voiture dont on dispose n’est pas assez forte, on peut tourner la difficulté en fixant la voiture sur la limite du terrain. On soulève alors le pont arrière, on lui adapte un mécanisme de treuil très simple ; par ce procédé, nous avons pu voler à une vitesse de 28 km à l’heure en utilisant une puissance tractive de 3,5 CV avec une simple 4 cylindres 12 HP [CV], équipée de la sorte, on peut atteindre des longueurs de mille mètres en plein vol. Il importe d’orienter le câble de façon à ce que le départ s’effectue bien debout au vent, sans qu’il soit nécessaire que le vent ait une direction constante sur toute la longueur à franchir. C’est ce dernier moyen que nous avons employé dans nos vols remorqués de 1909. Nous avons atteint, sans danger, avec un planeur essayé pour la première fois, une hauteur de vol de 45 à 50 mètres ; un tel planeur pesait 36 kilos et mesurait 20 m² de surface portante. »

UN PARALLÈLE SAISISSANT

En 1909, l’aviation n’en est qu’à ses balbutiements et, stimulant l’esprit inventif de toute une époque, donne libre court à des expérimentations de toutes sortes. Il semble donc tout naturel que l’idée du tractage d’un planeur par un véhicule terrestre à moteur soit dans l’air…

C’est ainsi qu’un officier de marine en séjour linguistique au Japon, l’enseigne de vaisseau Yves-Gaston Le Prieur (né le lundi 23 mars 1885, trois jours avant Leyat !), imagine de construire, en bambou et en toile, la réplique d’un avion Voisin frères, et de la faire décoller en le tractant à l’arrière d’une voiture à l’aide d’un câble. Pour son premier essai, Le Prieur, prudent ou conscient que son poids pourrait faire capoter l’affaire, installe un jeune garçon à la place du pilote. Et ça fonctionne à merveille…

Carte postale japonaise représentant le planeur piloté par Yves Le Prieur (1885 – 1963), à la construction duquel ont participé Aibara Shirō et Tanakadate Aikitsu (référence/photo sublimée et colorisée).

Il invite ensuite à Tokyo, près de l’étang de Shinobazu, des ministres, des ambassadeurs, la presse et la foule enthousiaste, et devient ainsi le premier aviateur à s’élever dans les airs sur le territoire de l’Empire du Soleil levant. Une démonstration pour laquelle l’armée japonaise, qui engagera des pilotes militaires aux côtés des Français au cours de la Grande Guerre, sera profondément reconnaissante à Le Prieur, toujours célébré en héros là-bas. Les États-Unis d’Amérique apprécieront certainement un peu moins…

Vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=N7TGddC-JdU 

Yves Gaston Le Prieur (1885 – 1963), officier de marine s’illustrant dans les airs, dans l’armement et la plongée sous-marine (référence/photo sublimée et colorisée).

TÉMOIGNAGES

Dans son édition du vendredi 27 août 1909, nous pouvons lire dans le Le Petit Marseillais :

« On nous télégraphie de Die (Drôme), 26 août :

Nous avons assisté, hier soir, vers 6 h 15, à une superbe envolée du jeune aviateur Marcel Leyat, monté sur un de ses planeurs.

Cet appareil, construit dans les ateliers de M. Audra, est un biplan de 7 mètres d’envergure et de 19 mètres carrés de surface portante, dont la stabilité latérale est assurée par des ailerons et l’équilibre longitudinal par une queue munie d’un gouvernail de profondeur flexible et gauchissable ; les diverses commandes se font par un levier unique.

L’appareil, installé sur un terrain découvert assez restreint et ne permettant pas des vols de plus de 300 mètres, était remorqué par une automobile fixe ; un treuil adapté à la roue motrice enroulait le câble qui devait donner à l’engin le mouvement de propulsion en avant.

Nous assistons d’abord à une série d’essais de mise au point. M. Leyat prend ensuite place à la direction et l’appareil, après avoir roulé pendant quelques mètres, s’élève rapidement jusqu’à une hauteur moyenne de 8 à 10 mètres, où il se maintient sur toute la longueur du champ.

L’atterrissage a lieu d’une façon parfaite après un vol d’environ 200 mètres.

À ce moment, une ovation est faite au jeune aviateur par les assistants enthousiasmés.

D’autres essais nous sont promis sur le terrain du lac de Luc, où des vols de 1 500 à 2 000 mètres seront possibles sans danger.

Rappelons que M. Leyat est le fils de notre ancien président du tribunal, actuellement juge à Marseille. – L. »

Le lendemain samedi samedi 28 août 1909, c’est au Journal de Die et de la Drôme de relater l’événement :

« La conquête de l’air.

Cette semaine aura été la « Grande Semaine d’Aviation« . Les journaux quotidiens consacrent de longs détails sur les expériences faites au champ d’aviation de Bétheny devant une affluence évaluée à plus de 100 000 personnes et auxquelles ont assisté le Président de la République, MM. Briand, Millerand et le général Brun.

Mais pendant que les aviateurs Bunau-Varilla, Paulhan, Blériot, Latham, Lefèvre se livrent, à Bétheny, à de magnifiques et audacieux vols, un jeune ingénieur, M. Marcel Leyat, a fait, lui aussi, à proximité de notre ville, des expériences très concluantes.

Une absence nous a privé du grand plaisir d’y assister, mais nous trouvons dans un grand journal de la région les renseignements suivants qui sont de nature à intéresser vivement nos lecteurs :

Nous venons d’assister à de très intéressantes expériences d’aviation. M. Leyat, fils de l’ancien président du tribunal de notre ville, ingénieur de l’École centrale de Paris, qui a fait plusieurs appareils volants, vient de réussir un vol magnifique, étant donné les conditions difficiles dans lesquelles il s’est effectué.

Le planeur extra léger qui a servi à l’expérience mesure 7m 50 de large et 6m 50 de profondeur ; il est biplan, sa surface portante est de 19 m.c. environ.

Son poids, sans moteur, est de 38 kil. seulement. La stabilité latérale est assurées par des ailerons, et la stabilité longitudinale par une queue flexible et gauchissable.

Tous les organes sont commandés par un seul levier, laissant à l’aviateur les mains libres.

Un champ d’expérience a été mis, par M. Reynaud, notaire honoraire, à la disposition de l’aviateur.

Une série d’essais ont été faits dans la journée avec le concours des automobiles de MM. Magnan, docteur, et Villedieu, vétérinaire.

L’engin, placé à l’extrémité du champ était relié à l’automobile par un câble de 350 mètres qui s’enroulait autour d’une poulie fixée sur une roue.

L’automobile est mise en marche en grande vitesse, le planeur roule quelques mètres et s’envole malgré le vent qui le prend par côté.

M. Leyat est très maître de lui, il fait ainsi 250 …[quelques lignes manquent] atterrir à l’extrémité du champ, évitant les arbres en passant par-dessus.

Le jeune aviateur est acclamé par la foule enthousiasmée qui l’entoure. »

Evénement exceptionnel à plus d’un titre :

premier appareil à avoir volé dans la région ;

lancement par treuillage, c’est une première en France.

Notons que Le Nord Aviation (Michel Mathieu) réalise au même moment des petits sauts de puce par treuillage.

23 août 1909 – Première journée d’essais en vol

Le mardi 23 août 1909 est le grand jour des premières tentatives de vol pour Marcel Leyat.

Le lieu choisi pour cet exploit est une prairie mise à disposition de par M. Reynaud, notaire honoraire à Die. Il s’agit d’une bande de terrain d’environ 300 mètres de long, située entre la voie ferrée et RN 93 (devenue départementale), au sud de Die, un peu avant Molière-Glandaz (en venant de Die), au lieu dit « Le Plot ».

« Le Lac de Luc » en 2013, vu en direction du sud (référence/photo sublimée).
Essais du biplan de Marcel Leyat sur le site du lac de Luc en septembre 1909 (référence/photo sublimée et colorisée).

Dimanche 12 septembre 1909 – Deuxième journée d’essais

Encouragé par son vol du dimanche 23 août, Leyat organise une nouvelle journée d’essais, et sûr de son fait choisit un autre dimanche pour assurer le maximum de publicité à l’événement.

Cette fois-ci, les essais ont lieu dans un terrain plus vaste que « Le Plot ». Il s’agit d’un grand terrain plat entre RN 93 et Drôme (rivière) à hauteur du carrefour de la route de Lavald’Aix, au lieu-dit « Jalaÿs » [ou Jalais], près de Pont-de-Quart.

23 août 1909 – Essai du chariot monoroue pour le décollage. Le terrain d’essais se situe en bordure de la RN 93 (que l’on voit en arrière-plan), au lieu dit Le Plot. Le planeur est tourné vers le Sud (référence/photo sublimée et colorisée).

Dans son agenda, Gabrielle Coursange, épouse de Louis Coursange (décédé en 1908) et mère de Paul, alors, alors âgée de 68 ans, note :

« 12 septembre…

À 9 h. nous nous faisons conduire à Molières pour assister aux essais d’aviation de Marcel Leyat. Il s’envole fort bien, mais impossible de se soutenir, de planer, après s’être élevé à une dizaine de mètres, il retombe. Il est convaincu que l’automobile qui lui donne l’élan n’a pas assez de force. Je souhaite que ce soit le seul motif, car c’est un garçon sérieux, modeste et travailleur qui mérite de réussir. »

À noter que, ce jour-là, l’appareil glisse sur un monorail de 20 m de long et que Marcel Leyat réussit quatre vols successifs.

Essais à Jalaÿs. Le drapeau montre que le vent vient du Sud. En arrière-plan la route RN 93 (de Die à Luc-en-Diois). Le terrain d’essais se trouve entre la route et la rivière Drôme. Le planeur a été réparé et le chariot de lancement complètement modifié (référence/photo sublimée et colorisée).

Dimanche 19 septembre 1909 – Troisième journée d’essais

Nouvelle (et dernière) journée d’essais, avec un nouveau planeur devant une foule nombreuse, estimée par les journalistes à 1 500 à 2 000 personnes.

On ne dispose pas de détails sur le nombre de vols.

Portrait de Marcel Leyat publié dans Le journal des voyages et des aventures de terre et de mer du 23 septembre 1926 (source Gallica/BNF).

AUTRES ACCOMPLISSEMENTS

Loin d’en rester là, Marcel Leyat se sert de ce premier succès comme d’un tremplin pour une imagination et une inventivité débordantes.

Première décision : les planeurs peuvent dévaler une courte piste en pente descendante, mais ils ne pourront jamais révolutionner les transports, car l’époque est à la réduction des durées de trajet, sur longue ou très longue distance. Ses appareils seront seront donc équipés de moteurs à explosion et mus par des hélices dont il parfait le gabarit, le matériau, les performances.

Deuxième décision : le Diois étant trop montagneux pour y effectuer des essais en toute sécurité, il s’expatrie vers des terres moins accidentées pour y effectuer des essais de plus en plus concluants , Marcel Leyat reste cependant très attaché au pays diois et à ses indéfectibles amis.

Avant-guerre

Un peu plus tard, en 1910, Marcel Leyat dépose un brevet pour un « système de commandes » assez proche de celui qu’il avait expérimenté sur son simulateur de vol.

Toujours en 1910, il construit un biplan à hélices de 11 m de longueur et de 16 m d’envergure et obtient le brevet de pilote FAI en 1911.

Durant la Première Guerre mondiale, il construit plusieurs avions, dont un bombardier à « aile vivante ». Comme on ne trouve aucune définition de ce type d’aile, on peut imaginer qu’il s’agit d’une aile déformable pour en affiner le profil au cours du vol.

PASSAGE AU STADE INDUSTRIEL

Ces succès encouragent Marcel Leyat à persévérer dans l’aéronautique. C’est pourquoi il demande une année de congés à l’École centrale et crée, fin 1909/début 1910, la Société des aéroplanes Leyat. Dotée d’un capital de 80 000 francs (soit 38 063 222 € 2026) répartis en 160 parts de 500 francs (soit 237 895 € de 2026), l’entreprise a pour but de perfectionner les appareils, de les construire et de les exploiter.

Le jeune industriel bénéficie de l’apport de l’entrepreneur-fabricant Audra, second actionnaire, ainsi que de l’aide de son père (enfin conquis) et d’autres notables locaux comme l’industriel Paul Coursange, le sénateur Joseph Reynaud, le banquier Félix Béranger… Cet apport financier lui permet de poursuivre ses travaux et ses essais tout au long de l’année 1910.

On ne sait pas si l’entreprise génère des bénéfices, mais Marcel Leyat parvient l’année suivante à breveter son système de commande des gouvernes nommé « Perfectionnement aux aéroplanes » (brevet n° 426.334 publié le mardi 4 juillet 1911).

Toujours en 1911, Marcel Leyat termine devient enfin ingénieur centralien en se classant 146e sur 246. Cependant, contrairement à ses camarades, il a déjà fait ses preuves dans le domaine aéronautique, a déjà fondé sa propre société, ajoute un moteur à son appareil et poursuit sa carrière loin de la Drôme.

Construction d’un appareil muni d’une hélice dans les ateliers Audra (Archives départementales de la Drôme/référence/photo sublimée et colorisée).

Ses hélices font merveille pendant la guerre 14-18, pendant laquelle il conçoit également un bombardier.

En tout, il conçoit et construit une trentaine d’appareils différents jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

Les véhicules terrestres à hélice

Marcel Leyat a tellement confiance dans ses hélices et dans leur incroyable potentialité qu’il peut  une fois la paix revenue, lancer l’Hélicocyclette (bicyclette à hélice) puis  enfin déposer le brevet de l’Hélicocycle (voiture à hélice aussi connue sous le nom d’Hélica), conçue avant 1914, et que commande le roi d’Espagne Alphonse XIII dès les premières fabrications.

L’Helica 1919 sur le Champ de Mars, à Paris (référence/photo réparée, sublimée et colorisée).

Leyat cherche des soutiens financiers pour poursuivre la construction des voitures à hélices. C’est en Bourgogne que le notaire Charles Carmaniolle lui proposera un montage financier, à condition que l’industriel transfère ses ateliers à Meursault (21/Côte-d’Or), ce dont Leyat s’acquittera en 1922. Malheureusement, la production ne reprendra pas et Leyat se consacrera surtout à l’aviation. Coup du sort, Maître Carmaniolle se tuera en 1926 lors d’un accident de la route avec son Hélica personnelle

L’Incapotable – La draisine : 1924 – 1925

En 1924, notre héros conçoit L‘Incapotable, un avion à ailes mobiles. Des articles lui sont consacrés dans les revues L‘Aérophile, Les Ailes, Science et vie et Le Journal des Voyages

L’avion incapotable Leyat à voilure indépendante du fuselage et train d’atterrissage à quatre roues (référence/photo sublimée et colorisée).

Cet avion effectue un vol d’essai très concluant, qui se termine malheureusement par sa destruction en se crashant sur un hangar du terrain d’aviation. Indemne, le pilote décrira le comportement de l’avion dans un courrier très élogieux à Leyat.

En 1925, ce dernier utilise une carrosserie de la série 1921 pour réaliser une draisine à hélice qui pouvant rouler sur rails et/ou sur route. Destinée au directeur de la Compagnie des mines du Congo français pour ses déplacements sur les voies ferrées minières, elle est essayée avec succès entre Pithiviers (45/Loiret) et Toury (28/Eure-et-Loir).

La draisine Leyat, sur la gauche de la photo (référence/photo sublimée et colorisée).

En 1927, Leyat établi un record de vitesse à 170km/h sur l’anneau de Montlhéry (91/Essonne) avec une voiture à hélice constituée d’un fuselage d’avion qu’il veut tester. Ce prototype arrive par la route de Meursault à Montlhéry. L’avion utilisant ce fuselage volera sur le terrain de Beaune.

7 et 8 septembre 1927/Sur l’autodrome de Montlhéry, l’Hélica L-19 « Montlhéry » sans voilure atteint les 170 km/h. Ces expériences permettent de mesurer précisément la résistance en vraie grandeur (référence/photo sublimée et colorisée).

En 1932, Leyat conçoit l’Hélica Volante, un avion de trois places, biplan à ailes mobiles, construit chez Lioré et Olivier. Cet avion, alors encore en cours d’essai, sera détruit par un bombardement durant la guerre.

De 1932 à 1938, Leyat soutenu par Jacquemin, directeur des Tréfileries de Saucourt et propriétaire d’une Hélica 1919, entreprend la réalisation d’un planeur, puis d’une avionnette à ailes mobiles. C’est Jacquemin qui les pilote, et apprend à voler avec, sur le terrain de Beaune. Il faut attendre 1938 pour que les services de l’aviation donnent leur certification. La production peut commencer… Encore une fois, la guerre en décide autrement.

LA REPLIQUE DE JEFF LANE

Jeff Lane est un américain passionné d’automobiles anciennes, fondateur et président du Lane Motor Museum, ouvert en 2003 et presque exclusivement consacré aux voitures anciennes européennes.

À la fin des années 2 000, il fait construire par un artisan tchèque, deux répliques de la voiture à hélice aérienne de Marcel Leyat, l’Helicocycle de1919.

Réplique de l’Héliocycle Leyat construite à l’initiative de Jeff Lane (référence/photo sublimée et colorisée).

En 2011, à partir des trois photos dont il dispose, il fait construire, toujours par un artisan tchèque une réplique du simulateur de vol de Leyat.

Jeff Lane présente la réplique du simulateur qu’il a fait construire en 2011 (référence/photo sublimée).

LA MÉTHODE MUSICALE MALER (1927 – 1986)

Dès 1927, Marcel Leyat s’intéresse à l’écriture musicale. Considèrant l’écriture classique trop compliquée, ce qui rend l’apprentissage de la musique difficile, il conçoit et brevète une nouvelle écriture musicale, qu’il présente à Maurice Ravel et qu’il commence à enseigner.

Ayant surtout des enfants comme élèves, Leyat met au point une méthodologie d’enseignement ne se limitant pas à la musique, mais englobant tous les savoirs : la méthode dite « Maller » (Méthode Analytique Logique Leyat d’Éducation Rationnelle), qui se compose de quatre parties : la sonologie, la logologie, la cogitologie et la locomotologie. Le système de transcription de la musique est basé sur des partitions représentant graphiquement les touches d’un piano, un trait noir couvrant la touche à jouer, la longueur du trait déterminant la longueur de la note. Il fait construire un piano portant la marque Leyat, doté d’un clavier de 85 touches. Il construit également un autre clavier de piano doté de touches alternativement blanches et noires. Leyat instruit à cette méthode sa fille Odette qui donne le mardi 29 octobre 1929 une représentation à la salle Molière à Lyon.

II travaillera le reste de sa vie à développer cette méthodologie, allant jusqu’à renoncer à l’orthographe usuelle pour la remplacer par une sténographie particulière.

En 1941, il enseigne le piano, la sténographie et la dactylographie à Josianne Chevrot (alors âgée de cinq ans) à Meursault, qui sera la première élève « Maller ». Ses résultats musicaux sont si extraordinaires que Leyat fera des démonstrations avec Josianne à Dijon, mais aussi à Paris, salle Pleyel.

À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, on lui confie l’éducation d’un groupe d’enfants en Lorraine, ce seront les « Maller » de 1947. Là encore, le succès est au rendez vous.

FIN DE VIE

Àpartir de 1950, Marcel Leyat vit à Thiais (94/Hauts de Seine) et continue à enseigner et à faire de la recherche jusqu’à son décès, le mercredi 3 décembre 1986, à l’âge de 101 ans. Longtemps oublié, il est il redécouvert à la sortie du livre de souvenirs de Gustave Courau intitulé Mon Hélice au pays des merveilles puis par les amateurs et curieux de l’histoire de l’automobile. Une association, Les Amis de l’Hélica a longtemps perpétué sa mémoire et son œuvre, reconstruisant même quelques répliques de l’Hélica d’après les plans originaux. Malheureusement, son site Internet semble inactif.

ÉPILOGUE

En conclusion, le personnage de Marcel Leyat démontre, qu’à l’époque, il n’est pas nécessaire d’être né dans la capitale pour percer dans le domaine aéronautique. Cependant, très attaché à sa petite patrie dioise, c’est là qu’il trouve les ressources locales pour réaliser la phase artisanale de son projet. Cependant, le Diois étant trop accidentée pour y évoluer en planeur, il doit se résoudre à développer ses activités motorisées dans des régions moins dangereuses.

Marcel Leyat peut également servir d’exemple à notre jeunesse actuelle, car voilà un élève de Centrale n’hésitant pas à mettre ses études en suspens pour effectuer des démonstrations de vol, puis créer sa propre entreprise pour devenir, enfin, ingénieur, et percer dans la motorisation de ses appareils aériens et de ses engins terrestres à moteur. Malheureusement, Marcel Leyat, c’est aussi un ingénieur et un industriel très en avance sur son temps, et dont nombre de projets sont contrariés et retardés par la survenue de deux conflits mondiaux successifs, et l’élaboration de concepts un peu fous qui, finalement, ne prennent pas. En effet, comment penser que les voiture à hélice peuvent réellement avoir un avenir, quand même le sponsor de cette aventure se tue au volant de l’un de ces engins instables, ne disposant pas des avantages du frein moteur ou du différentiel de roues ?

Saluons tout de même la figure attachante d’un inventeur malheureusement trop méconnu dans son propre pays, et dont l’éclectisme et le sens pédagogique méritent d’être rappelés

Éléments recueillis par Bernard AMRHEIN

BIBLIOGRAPHIE

  • Marcel Leyat,
  • Marcel Leyat, De l’utilité du vol remorqué, article paru dans l’Aérophile du 15 septembre 1911

Doc_015_Utilite-du-vol-remorque_LAerophile_1911-sept_p433-438

SOURCES

  • Marcel Leyat

https://sti2d.net/site/travail/college/troisieme/helibolide/leyat_site/leyat.html

  • Marcel Leyat

https://franco.wiki/fr/Marcel_Leyat.html

  • Pourquoi Die peut revendiquer un petit bout d’histoire de l’aviation ?

https://www.francebleu.fr/emissions/mais-pourquoi-daphne/pourquoi-die-peut-revendiquer-un-petit-bout-d-histoire-de-l-aviation-3155323

  • Les débuts de l’aviation à Die

https://archives.ladrome.fr/page/janvier-2026?sp_con=dGXtLlkxPdWBR5UcDXhzfA%3D%3D

  • Marcel Leyat (1885 – 1986°. Chronologie de ses activités aéronautiques et automobiles de 1906 à 1938

http://claudel.dopp.free.fr/Les_planeurs/Histoire/Marcel_Leyat/Marcel_Leyat_Chronologie/Marcel_Leyat_Chronologie.htm 

  • Marcel Leyat, inventeur diois, par Danielle Haeringer, Études drômoises n° 47 (octobre 2011, pp. 6 à 10
  • Les aéroplanes de Die

http://claudel.dopp.free.fr/Les_planeurs/Histoire/Marcel_Leyat/1909-Aeroplaneurs/1909-Aeroplaneurs.htm 

  • Marcel Leyat, De l’utilité du vol remorqué, article paru dans L’Aérophile du 15 septembre 1911

Doc_015_Utilite-du-vol-remorque_LAerophile_1911-sept_p433-438

  • L’incapotable

http://claudel.dopp.free.fr/Les_planeurs/Histoire/Marcel_Leyat/1924-Incapotable/1924-Incapotable.htm 

  • Marcel Leyat, pionnier de la voiture à hélice et de l’aéronautique à ailes vivantes : récit des premières expériences à Die (Drôme), article de Clément Genty dans Études drômoises, n° 86, juin 2021
  • Dans une petite ville de montagne, un adolescent rêvait d’un planeur, article de Danielle Haeringer dans Études drômoises, n°47, octobre 2011.
  • L’aviation à Die en 1906, article dans Revue drômoise, n°430, 4e trimestre 1983
  • Utilité du vol remorqué, article de Marcel Leyat dans l’Aérophile, n° 18, 15 septembre 1911
  • Pages sur Marcel Leyat et ses inventions du site Vieilles toiles et planeurs modernes de ClaudeL : http://claudel.dopp.free.fr/

À lire ci-dessous : deux articles dans la presse locale de 1909 :


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